Balade dans le sud du 16e, la suite | Rues cachées & Architecture

L’an passé, nous avions débuté une grande balade dans le sud du 16e arrondissement, à la découverte des merveilles architecturales que cachent les voies privées et les grands portails de ces quartiers résidentiels de l’ouest de Paris. Nous avions dû nous arrêter avant la fin du parcours prévu initialement pour cause de couvre-feu à respecter (et oui, souvenons nous…).

Il y a quelques semaines, nous avons eu envie de finir cette promenade qui nous avait permis d’admirer de très beaux bâtiments Art Nouveau. Et la chance a été de nouveau avec nous ! Les portes se sont ouvertes comme par magie à notre arrivée et le 16e a continué de nous livrer ses secrets…

Nous avons repris notre balade à partir du métro Ranelagh, à deux pas du lycée Molière où a été tourné la Belle Personne, un film de Christophe Honoré, qui m’avait beaucoup plu à l’époque de sa sortie en salle (pas sûre que je l’aime encore autant aujourd’hui !). Le quartier, particulièrement aux abords de Jasmin, regorge de magnifiques bâtiments. Cependant, pour ce circuit, je me suis concentrée sur l’avenue des Chalets et la rue Mallet Stevens.

Le trajet commence sur les chapeaux de roue avec cette voie privée bordées de sublimes maisons aux vérandas qui font rêver ! Celles-ci tranchent avec les immeubles du quartier : ici toits pointus, bois en façade, bow-widow ou balcons sont la norme. L’architecture « pittoresque » de ces immenses maisons répondait aux désirs de la bourgeoisie de la fin du XIXe de vivre dans des lieux plus atypiques.

Nos pas nous ont ensuite menés vers la rue de l’Assomption pour rejoindre celle du Docteur Blanche où se situe la villa Mallet-Stevens, une voie privée mais ouverte au public (c’est assez rare dans ce quartier pour être mentionné !). On y découvre de très belles villas dessinées par Mallet-Stevens : amateur d’architecture des années 20-30 ou simples curieux, le lieu est fait pour vous !

Quand on pense architecture moderne, Le Corbusier arrive rapidement en tête contrairement à Mallet-Stevens. J’ai découvert pour la première fois cet architecte et son œuvre lors d’une visite à la Villa Cavrois située près de Lille. Je me souviens d’un long film explicatif sur l’architecture et l’immense travail de restauration mené qui m’avait passionné au point de le visionner en entier ! Depuis, je suis beaucoup plus sensible à l’architecture du XXe siècle, comme en témoigne par exemple ma visite de la Maison Louis Carré que j’ai présenté ici.

La villa Mallet-Stevens est un véritable plaisir pour les yeux, que l’on soit amateur ou non d’architecture moderne. Je trouve qu’elle reflète particulièrement bien la recherche entre esthétique et fonctionnalité menée par Mallet-Stevens avec ces cinq hôtels particuliers, grands cubes blancs et lisses, sculptés par les gradins, les ouvertures et décrochés.

En fouillant sur internet, j’ai trouvé quelques images d’archive dont celles-ci, trouvées sur un blog dédié aux frères Martel, sculpteurs qui ont commandité un des bâtiment pour en faire leurs appartements et atelier. La page regorge d’images du lieu qui nous transportent bien des années en arrière. Depuis, le mobilier urbain a disparu (regardez le candélabre sur la photo !) et de nombreux bâtiments ont été modifiés.

La voie et ses hôtels particuliers ont en effet été classés monument historique assez tardivement, après de gros travaux de surélévations intervenus dans les années 60 ; preuve que le travail de Mallet-Stevens est un peu tombé dans l’oubli au milieu du XXe siècle. D’ailleurs, pour la petite histoire, il a demandé à sa femme de détruire toute ses archives à sa mort – ce qui n’a pas aidé le travail des personnes en charge des travaux de réhabilitation de ses bâtiments !

Nous avons ensuite rejoint la Petite Ceinture pour une promenade au calme jusqu’aux Jardins du Ranelagh, où se trouve une autre pépite historique et architecturale de notre promenade : la villa de Beauséjour (cachée derrière un portail au digicode malheureusement cette fois).

Derrière ce nom bien français se cache en réalité une voie bordée d’isbas en bois : j’avais le sourire jusqu’aux oreilles en m’y baladant ! Celles-ci datent de l’exposition universelle de 1867 : la Russie était le pays d’honneur et avait fait envoyer en pièces détachées ces maisons traditionnelles. Après l’exposition, elles ont été vendues à des particuliers : il parait qu’une autre autre se trouve sur la colline de Saint Cloud ! Pour la petite histoire, Michel Berger et France Gall ont vécu ici (#instantpeople).

Après cette petite parenthèse architecturale et bucolique, nous arrivons dans le quartier commerçant de Passy. Etant plus à la recherche de beaux bâtiments que de belles boutiques, le parcours ne nous fait pas vraiment passer par la zone la plus chic et dynamique : vous pouvez donc l’adapter en flânant vers le haut de la rue de l’Annonciation (où se trouve notamment une des boutiques de Philippe Conticini ou de Sarah Lavoine). Pour ma part, j’ai juste réalisé un petit crochet à la Grande Epicerie de Paris, ouverte en grande pompe il y a quelques années – nous avons été assez déçus par notre visite d’ailleurs, le lieu fait pale figure à côté du magasin historique du 7e…

Au détour de la rue Eugène-Manuel, nous sommes tombés sur ce magnifique bâtiment Art Nouveau à la façade intégralement ornée de céramiques représentant des chardons. Après quelques recherches, j’ai appris que la bâtiment été primé au concours de façades de la Ville de Paris de 1903… Récompense méritée il me semble !

La Maison de Balzac, située à Passy, est l’unique de ses adresses parisiennes qui existe encore de nos jours. L’écrivain y a vécu de 1840 à 1847, sous le pseudonyme de « monsieur Breugnol », pour y travailler d’arrache pied sur la Comédie Humaine et y fuir ses créanciers. La petite anecdote raconte que la sortie de la maison côté rue Berton lui permettait de s’échapper lorsque ces derniers se présentaient rue Raynouard. Le bâtiment est une ancienne folie d’un hôtel particulier qui était loué à des gens modestes – ce qui explique son caractère particulièrement insolite par rapport aux immeubles du quartier !

Le lieu est très charmant et mérite à minima qu’on s’installe quelques instants dans le jardin où se trouve un agréable café.

En cherchant quelques images d’archives pour illustrer la Maison de Balzac et la rue Berton, un des derniers vestiges du village de Passy, je suis tombée sur le site des collections de Paris Musées, une véritable mines d’archives à fouiller.

Je partage ici deux clichés pris par Eugène Atget de la rue Berton : on y voit sur l’un la Tour Eiffel et sur l’autre l’entrée de la maison de Balzac ! Dommage que je sois tombée dessus après ma balade, sinon je me serai amusée à faire un avant/après.

Nous entamons la dernière partie de notre promenade, direction le Trocadéro. Nous avons pour cela rejoint à nouveau la rue Raynouard jusqu’à la station de métro Passy et son viaduc au dessus de l’archi-célèbre Pont du Bir-Hakeim. Les ensembles immobiliers de la rue Raynouard ont une forme un peu particulière qui m’a fait penser – toute proportion gardée bien sûr ! – aux Villas du Lac de Côme. Ils sont souvent dotés d’une grande grille puis d’un porche ouvrant les perspectives vers la Seine, rappelant ainsi que Passy est construit sur un coteau.

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La fausse bonne idée du parcours a été de passer avenue de Camoens qui propose une vue sur la Tour Eiffel qui change un peu de celle depuis le Trocadéro. Mais… il s’avère que cet endroit est un repère à instagrameurs étrangers ; moi qui croyais être originale !

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. Faire un crochet à la Fondation Le Corbusier

. Vous rendre au Musée Marmottant Monet découvrir l’exposition temporaire du moment et la magnifique collection de tableaux de Monet

. Flâner dans la Maison et le Jardin de Balzac

. Assister à un concert ou à l’enregistrement d’une émission à la Maison de la Radio

. Visiter un des Musées situés au Trocadéro

. Assister à un spectacle de danse au Théâtre de Chaillot

. Poursuivre votre exploration du quartier à travers les yeux de Christophe Honoré dans la Belle Personne

. Vous plonger dans la Comédie Humaine de Balzac, pourquoi pas à travers l’adaptation à l’écran d’Illusions Perdues

. Revoir le Pont de Bir Hakeim dans la scène culte d’Inception


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2 commentaire

  1. Beaucoup d’endroits où je suis passé, d’autres qui m’ont échappé et que je chercherai à retrouver. Dans ces quartiers très denses, j’éprouve souvent la difficulté de photographier avec peu de recul ou devoir m’accommoder de jeux d’ombre et de lumière pénalisant, il est plus facile de photographier des détails que l’ensemble. Merci pour l’inspiration.

    1. Merci pour votre commentaire ! J’avoue que j’aime beaucoup m’amuser avec la lumière et ses ombres…

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